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Ibrahim et son épouse Oum Daoud se découvrent en couverture

Un petit tour au Proche-OrientJ’ai confié un exemplaire d’Un petit tour au Proche-Orient (coédition Bleu autour / France Inter, mai 2008) à l’amie Corisande qui partait en vacances en Terre Sainte pour qu’elle le remette à mes hôtes dans le village de Beit Sira où j’ai séjourné en mai dernier lors de ma traversée du Proche-Orient à vélo. J’avais photographié Ibrahim, son père, son épouse Oum Daoud et leur fils aîné au moment de reprendre la route en direction de Jérusalem. C’est cette photo que Patrice Rötig, mon éditeur et moi avons choisie pour illustrer la couverture du livre. À son arrivée à Beit Sira, Corisande n’a eu qu’à montrer la couverture du livre au premier venu pour se faire conduire chez Ibrahim. “Tu seras accueillie comme une princesse” lui avais-je dit pour la rassurer. Corisande a passé deux jours et deux nuits chez eux, nourrie, logée, fêtée. Je la remercie.

ibrahim et son épouse Oum Daoud


Extraits du passage à Beit Sira dans Un petit tour au Proche-Orient (pages 170, 171, 172) :

(…) Une « clôture de sécurité » isole la route 443 qui permet de passer d’un territoire à l’autre sans s’en apercevoir. Quelques  centaines de mètres, et je trouve l’accès au village de Beit Sira. La route est barrée de blocs de béton par-dessus lesquels des enfants, souriants, charrient des rebuts de métal et de plastique. Au loin, le muezzin. La route serpente. Oliviers, vignes, calcaires jaunis par le couchant : Palestine de carte postale dans l’imaginaire des Palestiniens réfugiés au Liban ou ailleurs. Un berger sur un âne, à la tête d’un troupeau de chèvres, m’indique le chemin. Bientôt, un groupe de jeunes me fournit une escorte jusqu’au village en la personne de Mahmoud, 12 ans, sur son vélo BMX rouillé. Dans la côte qui mène au village, de plus en plus de maisons, avec, à l’étage inachevé, des fers à béton pointés vers le ciel. Tous les dix mètres, sur le pas des portes : « Thé ? Café ? » Je demande le maire et tombe sur son cousin, Ibrahim, qui, chaleureux, me tire par les bras. Impossible de reculer. La nuit est tombée. Sur la terrasse en parpaings, Oum Daoud, son épouse, m’apporte une couverture. Tout le quartier rapplique, me questionne, me fait fête, rares sont les visiteurs dans ces contrées. Café amer, thé, café turc, femmes affairées en cuisine, je n’ai que des cigarettes à offrir, je dois insister pour qu’ils les acceptent. Ibrahim, père de huit enfants, est le dernier des agriculteurs de Beit Sira. Son âne qui brait a repris du service, l’essence est trop chère, le tracteur rouille.

Le repas est servi dans le diwan, la grande pièce aux murs blancs décorés d’une photographie nocturne de la Kaaba et meublée de canapés rococo. Oum Daoud a préparé un mansaf (agneau au yoghurt), spécialité bédouine revendiquée comme plat national tant par les Palestiniens que par les Jordaniens. Nous mangeons entre hommes, même si Oum Daoud prend la liberté de s’installer quelques minutes sur l’accoudoir du canapé. Je suis le seul à la complimenter. Dans l’encadrement de la porte, les filles d’Ibrahim gloussent à ma vue, avant qu’il ne les rabroue avec fermeté. Jibril, le cousin d’Ibrahim, anglophone, accepte de traduire. Ce que Ibrahim pense de mon mode de transport ?
— J’ai cru que tu étais un gars du village… Je t’ai invité à venir chez moi avec le plus grand des plaisirs. Tu es un étranger mais tu es le bienvenu chez nous, tu seras notre hôte. Nous, en Palestine, nous sommes connus pour notre altruisme, notre hospitalité. (…)

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